Les belles histoires d'Hydro-Québec

En cette nouvelle année, les grands froids hivernaux qui font tourner les compteurs d’électricité m’ont inspiré une histoire qui fera peut-être monter votre propre température.

Notre histoire débute en 1944 sous le gouvernement libéral d’Adélard Godbout. C’est à ce moment que naît Hydro-Québec, dont la mission est « de fournir l’énergie aux Québécois et Québécoises aux taux les plus bas compatibles avec une saine administration financière ». À l’aube de la Révolution tranquille, René Lévesque, alors ministre responsable d’Hydro-Québec sous le gouvernement de Jean Lesage, entreprend une grande campagne de nationalisation de l’électricité sur l’ensemble du territoire québécois sous le thème « Maîtres chez nous ». Hydro-Québec prend alors son véritable envol et devient une société d’État. On veut une entreprise de services publics qui ne soit pas soumise à des objectifs commerciaux. Le mandat est clair et Hydro-Québec devient la fierté de la population. Bien sûr, toute belle histoire ne pouvant durer, après la construction de plusieurs centrales hydroélectriques, le Parti québécois (PQ), encore sous le règne de René Lévesque, décide de s’arroger des dividendes puisés à même le profit de la société d’État grâce à la modification de son mandat initial : devenir une entreprise à vocation commerciale. Quelle surprise! Comment gérer le tout pour assurer une entrée maximale d’argent? Ben, pourquoi pas mettre en place une loi qui permettrait de fixer et modifier les tarifs pour le transport et la distribution de l’électricité? Ah! quelle bonne idée!

Ainsi la Régie de l’énergie voit le jour. C’est elle qui déterminera les tarifs d’électricité aux usagers et usagères. Pour les flouer davantage, en 2000, on découpe Hydro-Québec en trois parties : la production (Hydro-Québec Production), le transport (TransÉnergie) et la distribution (Hydro-Québec Distribution). Hydro-Québec Distribution et TransÉnergie sont réglementées par la Régie de l’énergie alors qu’Hydro-Québec Production ne l’est pas. Elle doit cependant fournir à Hydro-Québec Distribution une quantité importante d’électricité qu’on nomme « bloc d’électricité patrimoniale ». C’est donc Hydro-Québec Distribution qui achète le bloc d’électricité patrimoniale à Hydro-Québec Production pour approvisionner la population québécoise. Le reste des besoins en électricité sera comblé par des appels d’offres auprès de producteurs privés. Pour vous donner une idée de ce que cela représente, le prix de base fixé par voie législative en 2000 est de 2,79 ¢/kWh (prix qu’Hydro-Québec Distribution n’est pas obligé de respecter) se situant bien au-dessus des coûts de production du parc des barrages patrimoniaux qui sont d’environ 2,1 ¢/kWh. Pas surprenant que, depuis 2000, Hydro-Québec affiche des rendements spectaculaires et accroît les dividendes versés au gouvernement du Québec. Maudite belle vache à lait!

Dans le but de favoriser le développement économique des régions, le gouvernement du Québec décide d’offrir d’importants avantages aux industries à grande consommation d’énergie. Certaines d’entre elles bénéficient de droits hydrauliques leur permettant de produire leur propre électricité. En 2012, à la demande du gouvernement, Hydro-Québec Production signe 60 contrats avec des producteurs d’électricité privés, lui causant ainsi un manque à gagner (l’écart entre le prix payé aux producteurs privés et les revenus d’exportation de leur production par H-Q) évalué à plus de 50 millions de dollars. Encore pire, depuis 15 ans, Hydro-Québec confirme avoir signé 134 contrats avec des producteurs privés qui prévoient des engagements allant jusqu’en 2052! Ces contrats représentent des coûts de 1,18 milliards de dollars en 2013 et 1,77 milliards de dollars en 2017.

En 2013, le PQ, sous le prétexte du déficit zéro, augmente le tarif du bloc d’électricité patrimoniale alors que les coûts de production baissent et que les profits d’Hydro-Québec augmentent. Une belle taxe déguisée qui se retrouve sur la facture d’électricité des ménages! En juin 2014, le PLQ indexe le bloc d’électricité patrimoniale à perpétuité, en prenant toutefois soin de favoriser encore une fois les grandes entreprises en les exemptant de l'indexation et en leur vendant l’électricité à des prix bonbons. C’est donc nous, résidents et résidentes ainsi que les PME, qui se retrouvent à payer davantage pour que le prix moyen du bloc d’électricité patrimoniale suive l’inflation. En plus de cette augmentation, on ajoute celles qui peuvent être accordées par la Régie de l’énergie dans le cadre de la réglementation sur les tarifs d’électricité. Vous n’en avez pas assez? Étant donné qu’Hydro-Québec Distribution a grossièrement surévalué les besoins en électricité, elle signe des contrats à prix d’or pour acheter de grandes quantités d’énergie, principalement à des producteurs privés. Ainsi, en mai dernier, le PLQ annonce l’achat d’énergie éolienne même si Hydro-Québec prévoit des surplus énergétiques au moins jusqu’en 2025! Étant pris avec tous ces surplus, Hydro-Québec les revend à perte sur les marchés extérieurs, perte estimée à environ 4,5 milliards de dollars pour la période de 2012-2020! Cela se traduit par une augmentation de 60 dollars par année sur la facture des clients et des clientes pour la prochaine décennie.

Sans parler du scandale concernant de généreux dons à deux écoles privées de Montréal par Thierry Vandal, président d’Hydro-Québec, ni des répercussions chez les communautés autochtones, des enjeux environnementaux et des compteurs intelligents. « Payez bande de caves! » Voilà ce que nous lance comme message Hydro-Québec pendant qu’elle dégage près de 4 milliards de dollars en revenus excédentaires et taxes chaque année!

L’amie Raton pour la CLAC

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Abécédaire anticapitaliste

Après CISM pendant plus d'un an, le comité agitprop de la CLAC sévit maintenant sur les ondes de CKUT à l'Émission Off The Hour un vendredi par mois. La chronique est basée sur la formule d'un abécédaire: une lettre, un mot, une tirade. Ça ne se passe pas dans l'ordre alphabétique, mais selon l'actualité. D comme dénoncer, C comme crosse ou crosseurs. Bonne écoute!



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