PÉTROFASCISME CONTRE TRUMP : MAUVAISE IDÉE

UNE CONTRIBUTION DE RAGE CLIMATIQUE

Depuis le 4 février 2025, une gamme de marchandises franchissant la frontière canadienne reçoit une surtaxe étasunienne de 25 %. En réponse à cette mesure coercitive, l’État canadien impose des tarifs similaires aux importations en provenance des voisin·e·s du Sud.

Cette guerre économique pousse les dirigeants canadiens ainsi qu’une majorité de la population à vouloir réaffirmer l’« Unité canadienne ». Toute la société en appelle ainsi à une campagne de boycott des produits étasuniens : les fraises étasuniennes pourrissent sur les étalages d’épiceries; l’alcool étasunien ne trouve plus sa place à la SAQ, les punk·ette·s ne boivent plus de Jack Daniel’s; les propriétaires de chars Tesla sont en crise identitaire… Bref, presque tout le monde se fend en quatre pour sauver à tout prix les industries canadiennes. À tout prix. Mais un instant… lequel exactement ?

Surfant sur cette vague de patriotisme canadien, les élites politiques et les pétrolières se frottent les mains. En effet, la plus grande exportation de l’économie du soi-disant Canada, ça reste l’énergie : le gaz naturel, le pétrole et le bitume. Les menaces de Trump représentent donc une occasion rêvée pour les politichiens et les industriels fossiles : préserver l’intégrité économique du CACAnada est une excuse en or pour relancer des projets d’exploitation d’hydrocarbures et de construction de pipelines vers d’autres marchés. Renouveler l’association entre énergies fossiles et identité canadienne : c’est ce qu’on appelle du pétrofascisme.

Pire encore, selon le droit colonial canadien, l’État fédéral est autorisé à centraliser les pouvoirs en contexte de crise et d’urgence nationale, comme une menace économique. Le gouvernement canadien pourrait ainsi imposer des projets pétroliers sur le territoire des communautés autochtones et des provinces sans leur accord1.

Sous prétexte de redynamiser l’économie canadienne fragilisée par les sanctions trumpistes, on voit ainsi resurgir des projets de pipeline morts et enterrés depuis plusieurs années, comme Énergie Est au soi-disant Québec et Prince Rupert Transmission Pipeline (PRGT) en soi-disant Colombie-Britannique2. Au nom d’une prétendue « Unité » canadienne, les classes politiques en viennent à blanchir et à renforcer le colonialisme canadien, au détriment des communautés autochtones qui voient leur territoire spolié et détruit pour enrichir une poignée d’investisseurs capitalistes.

Ce sont, comme d’habitude, les groupes les plus marginalisés qui écoperont du fardeau d’« effort de crise », qui paieront les coûts de cette entreprise de sauvetage d’un État colonial. Cette stratégie, qui rallie industrie pétrolière et sentiment d’appartenance à une « Nation », se fait en réaffirmant une identité nationale fondamentalement excluante : en sont exclues les personnes migrantes et non-blanches, de même que les Autochtones, qui voient leurs territoires se faire envahir.

Relancer la construction de pipelines pour faire face à l’impérialisme étasunien, c’est aussi reporter les coûts de cette situation sur les écosystèmes et le climat. On sait bien sûr que la combustion et l’extraction des hydro- carbures génèrent l’émission de grandes quantités de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique. Mais au-delà de ces dommages atmosphériques, l’industrie fossile a besoin de toute une chaîne d’opérations et d’infrastructures qui nécessitent de détruire des écosystèmes complets, de pomper des volumes astronomiques d’eau (et de les contaminer), de miner toujours plus pour construire ces monstres de métal (pipelines, terminaux, raffineries, etc.) …Bref, c’est une industrie écocidaire.

Cela étant dit, annexer le soi-disant Canada aux soi-disant États-Unis entraînerait aussi des conséquences pour les communautés humaines et pour le vivant plus globalement. Cependant, cette crise est avant tout le produit de rivalités entre États et on ne sortira pas de la crise avec les outils du principal responsable, l’État. Son grand projet de société est essentiellement de financer des compagnies capitalistes pour piller le territoire, puis laisser les communautés marginalisées et les générations futures se démerder avec les dégâts. Le nationalisme et le pétrofascisme canadiens ne sont en rien des solutions.

Actuellement, la réponse canadienne à cette menace est de renforcer l’État, et non de repenser et de déconstruire cette structure fondamentalement coloniale, oppressive et destructrice de la nature. Mais on pourrait faire autrement. Au lieu de relancer la construction de pipelines pour sécuriser le système capitaliste-colonial, commençons par s’attaquer à l’État colonial, ici comme ailleurs, et à imaginer et expérimenter des modes de vie et d’organisation communautaires alternatifs.

 

Notes

  1. https://en-retrait.com/le-reveil-du-nationalisme-canadien-2/
  2. https://www.ledevoir.com/opinion/idees/845014/idees-canada-pas-besoin-autre-pipeline