LES CLÔTURES ET LES FRONTIÈRES NE PEUVENT ARRÊTER LE FLOT DES RIVIÈRES

UNE CONTRIBUTION DU PROJET D’ACCOMPAGNEMENT SOLIDARITÉ COLOMBIE (PASC)

L’arrivée de Trump au pouvoir a libéré une vague de politiques d’extrême droite, au sein de laquelle le discours anti-immigration est central. Depuis son investiture en janvier 2025, les attaques envers les personnes migrantes se multiplient, combinant des actions concrètes sur le terrain et un discours populiste et incendiaire dans l’espace public. Tout indique que l’administration Trump utilise les migrant·e·s pour faire une démonstration de force de son autorité retrouvée.

Si le portrait de la situation avant l’élection de Trump était déjà sombre, depuis, les mesures fascistes se sont multipliées : déclaration de l’état d’urgence nationale et militarisation accrue de la frontière avec le Mexique, réactivation du programme « Remain in Mexico », qui expose les demandeur·se·s d’asile à des conditions précaires et dangereuses ; signature d’un décret visant à mettre fin au droit du sol pour les enfants nés aux États-Unis de parents en situation irrégulière, décret ciblant particulièrement les familles originaires de l’Amérique latine.

 

La rhétorique et les pratiques fascistes en immigration

Au cours des deux premières semaines de février 2025, les services frontaliers américains ont détenu 4200 personnes immigrantes, parmi lesquelles 1800 (41 %) n’avaient aucun antécédent judiciaire. Ce chiffre révèle une tradition états-unienne de criminalisation qui cible spécifiquement l’immigration en provenance de pays anciennement colonisés. Cette pratique perpétue un système carcéral qui, depuis l’abolition de l’esclavage, a systématiquement ciblé les populations racisées à travers des politiques discriminatoires et ouvertement violentes.

La violence de la situation actuelle se reflète également dans l’objectif annoncé par Trump de déporter « des millions » de personnes, ce qui donne la mesure de sa rhétorique anti-immigration. Par son ampleur, cette menace révèle la brutalité de sa vision en matière de politique migratoire.

En insistant publiquement sur l’idée que la déportation massive d’êtres humains constitue une pratique légitime, l’administration Trump veut rendre socialement acceptable ce qui est en fait un crime : abandonner à leur sort, sans protection, des personnes migrantes dont la vie est menacée, et les exposer à une nouvelle violence institutionnelle. À cela s’ajoute le fait que les personnes déportées sont traitées comme criminelles, menottées aux pieds et aux mains dans des conditions de détentions atroces. À la télévision, elles sont présentées la tête rasée, en blouses blanches, entassées dans des centres de détention sans qu’on sache qui a été expulsé ni où. Ces images rappellent les pratiques des camps nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, où l’effacement de l’identité servait à humilier, contrôler et faire disparaître.

 

Les boucs émissaires du capitalisme

Les politiques xénophobes, racistes et mensongères se justifient en pointant du doigt les personnes immigrantes comme responsables des problèmes sociaux. Ces populations, déjà vulnérabilisées, sont désignées comme boucs émissaires pour justifier une réponse simpliste aux problèmes économiques et sociaux, et pour détourner l’attention de la responsabilité des élites milliardaires qui détiennent le pouvoir.

L’illégalisation des migrant·e·s, combinée à leur incarcération, alimente un cycle de précarisation qui rend leur exploitation économique non seulement possible, mais rentable. Aux États-Unis comme au Canada, des milliers de personnes sans statut vivent sous la menace constante de la déportation, ce qui les pousse à accepter des conditions de travail abusives et des salaires largement inférieurs aux normes légales. Cette vulnérabilité organisée n’est pas un effet secondaire des politiques migratoires xénophobes : elle est au cœur du système, une condition structurelle des profits capitalistes. Elle constitue la contribution directe des gouvernements au service du grand capital et au maintien d’une main-d’œuvre corvéable à merci.

 

Se déplacer et résister

Entre 2021 et 2022, environ 750 personnes ont perdu la vie à la frontière américano-mexicaine. La situation est également tragique dans la jungle du Darién entre la Colombie et le Panama, où des familles entières sont décédées de faim et de déshydratation. Un cas particulièrement poignant s’est produit en décembre 2023, lorsque le corps d’Ana Karen Vasquez-Flores, une Colombienne enceinte de cinq mois, a été découvert à la frontière canado-américaine. Ces décès auraient pu être évités, ce qui souligne l’urgente nécessité de développer des réseaux de solidarité plus solides.

Présentement, on voit émerger diverses initiatives de solidarité à travers les États-Unis et le Canada. Par exemple, des guides et des tactiques pour ralentir, désorganiser ou empêcher le travail des agents de l’immigration (ICE) circulent sur les médias sociaux, permettant aux communautés de s’organiser rapidement lors de descentes ou d’arrestations. Ces gestes de résistance quotidienne rappellent que, même face à un appareil répressif puissant, la solidarité reste une alternative. Si Trump a le pouvoir d’imposer des politiques aussi racistes et violentes, nous avons collectivement la responsabilité de tisser des réseaux de soutien encore plus robustes.