La crise, l’austérité, et la reprise en charge de nos communautés

Partout dans les pays occidentaux, la réponse à la crise de 2007 a été l’austérité. Ce fut un échec retentissant : la compression des dépenses publiques a entraîné une augmentation de la pression sur les populations, menant à une grande vague de mécontentement populaire, entre autres, en Espagne, en Grèce, en Irlande. La même chose se produit au Canada, mais il faut juxtaposer les politiques fédérales et provinciales pour comprendre l’ampleur de l’austérité. Les coupures du fédéral sont assez grandes pour inquiéter même les agences de notation. Même chose du côté provincial, où l’on augmente toutes les formes de taxations non progressives : Hydro-Québec, frais de scolarité, taxe sur les cigarettes et l’alcool. Mais est-il possible de lutter contre l’austérité d’une manière qui nous libère réellement et durablement ?

L’État comme organe de sortie de crise ?

La réponse typique à une crise semble être un plus grand investissement de l’État dans l’économie ou la création de plus de chantiers publics pour stimuler l’économie. Mais le but devrait plutôt être de se sortir de la crise en se sortant du capitalisme. Essentiellement, les sociétés d’État sont structurées de manière hiérarchique et centralisée, et poursuive des missions capitalistes : la Caisse de dépôt pour faciliter l’investissement, Hydro-Québec pour faciliter l’accès aux entreprises à de l’électricité abordable, etc. De plus, comme elles sont facilement reconfigurables par l’État, il semble qu’au fur et à mesure que ces organisations évoluent, on coupe les parties non rentables, les parties qui ne contribuent pas directement au système économique. Pire, les conseils d’administration des différentes sociétés d’État servent essentiellement de lieux de réseautage pour les élites économiques, les hauts fonctionnaires et les acteurs municipaux. Cette intégration les force à adopter une culture d’entreprise et augmente grandement les risques de collusion entre des secteurs connexes, par exemple, l’influence de Gaz Métropolitain au sein d’Hydro-Québec.

La centralisation des ressources se traduit aussi par une énorme perte de contrôle populaire. Essentiellement, on a donné à des organisations la tâche de gérer des pans entiers de l’économie : la SODEC dans la culture, Hydro et Gaz Métro dans le secteur de l’énergie, la Caisse de dépôt dans le secteur des investissements et des subventions aux entreprises. Ainsi, l’État peut, par exemple, permettre des hausse d’électricité pour renflouer ses coffres ou bien faire moins de gagnantEs à la loterie. Si bien que l’impôt des entreprises au Québec est plus faible que les revenus générés par les sociétés d’État. De plus, l'État est déjà le plus gros employeur au Québec, et bien qu’il offre des conditions de travail presque décentes, il demeure basé sur un modèle loin de permettre l’émancipation de chacunE.

Essentiellement, le débat sur la crise porte sur les régimes de propriété, autour de la dichotomie «public-privé», alors que les deux tentent de s’enrichir sur le dos des travailleurs et travailleuses. Il semble nécessaire d'explorer d’autres formes d'infrastructures si nous voulons vraiment les qualifier de publiques, soit appartenant à tous et toutes.

Prenons-nous en main !

Parce que nous ne voulons pas faire la révolution pour travailler dans des bureaux gouvernementaux, il faut penser à des alternatives aux régimes de propriété existants.

Par exemple, prenons les coopératives de solidarité régionales. La coopérative de solidarité comporte des membres travailleurs-travailleuses, des membres utilisateurs-trices et des membres de la communauté. Ainsi, si les utilisateurs et utilisatrices des services d’une entreprise se sentent léséEs, ils et elles ont accès aux rapports financiers de l’organisation, et ont un droit de proposition et de vote aux assemblées générales. Il s’agit d’une façon de créer des entreprises ancrées dans leur communauté, et dont toutes les décisions les concernant sont prises par les personnes affectées par leurs activités. De nombreuses coopératives de travail existent à Montréal, avec un succès relatif, mais qui donnent quand même espoir.

À l’inverse, une autre opportunité s'offre à nous de sortir de l’économie par la voie interne, en organisant notre production hors des entreprises, dans nos espaces de vie. On note que tout au cour du XXe, siècle, les femmes ont joint de plus en plus le marché du travail, et le travail effectué hors de l'économie, comme les repas, le ménage, la garde d'enfant sont devenus des services. Ainsi, une part des rôles traditionnellement tenus par les femmes, dans une structure patriarcale oppressive, ont été incorporés dans la sphère de l’exploitation capitaliste même. Il semble donc qu’une autre voie vers une plus faible dépendance au marché soit de reprendre en charge d’une manière égalitaire les tâches prises par le marché, en tentant de créer des espaces de vie privée productifs, non autoritaires et non oppressifs. Les projets d’habitations collectives tentent fréquemment d’effectuer ce travail, avec différents niveaux de réussite.

Une articulation possible

Ces deux formes de reprise de contrôle sur nos vies semblent contradictoires, qu'on ne peut à la fois créer des entreprises égalitaires d'un côté en se retirant de l'économie de l'autre. Toutefois, si deux formes d'organisations sont créées, l’autogestion est la même. La gestion d’un espace de vie et d’un espace de travail n’est pas si différente et les mécanismes à mettre en place pour éviter les formes d’oppression dans lesquelles nous avons été socialiséEs sont les mêmes. Il s’agit de s’approprier le contrôle de nos moyens de vie et de renouveler nos habiletés à s’organiser collectivement. De la lutte pour la reprise des institutions alimentaires à l’UQAM, à la lutte pour des espaces autogérés comme le CSA, en passant par la création d’espaces de vie collectifs et d’espaces de réparation de vélos communautaires, l’organisation est la même.

Les autorités municipales ont redonné plusieurs bâtiments abandonnés après leur occupation et, s’il faut lutter contre l’austérité, aussi bien lutter pour la prise en charge de nos infrastructures par nos propres communautés. Continuons à bloquer le capital pour mieux donner à nos communautés !





Notes :
1 http://bit.ly/YmtsAA
2 http://bit.ly/13GjrCD
3 Rappellons aussi qu’à qualification égale, les emplois dans le secteur public paient moins que ceux dans le privé.
4 L’art de la prise de décision collective, de la communication, de la résolution des conflits, hors des mains des “professionnels” est un monde complexe ! Organisez-vous pour voir !






Abécédaire anticapitaliste

Après CISM pendant plus d'un an, le comité agitprop de la CLAC sévit maintenant sur les ondes de CKUT à l'Émission Off The Hour un vendredi par mois. La chronique est basée sur la formule d'un abécédaire: une lettre, un mot, une tirade. Ça ne se passe pas dans l'ordre alphabétique, mais selon l'actualité. D comme dénoncer, C comme crosse ou crosseurs. Bonne écoute!



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