L’appropriation par dépossession

Le capitalisme est souvent simplement décrit comme un mode de production basé sur l’achat de la force de travail dans le but de l’utiliser pour produire des biens afin de tirer un profit du travail effectué. Par exemple, dans nos sociétés, les entreprises tirent des profits, qui sont en fait la différence entre le prix de revente des biens produits et le coût du travail, des matières premières et des frais reliés à l'usure de la machinerie mis en œuvre pour les produire.

Une observation aussi simplifiée ne permet pas de bien comprendre le rôle que jouent les gouvernements dans l’implantation et le développement du capitalisme. On lit trop souvent que ceux-ci doivent limiter l’influence des entreprises, alors qu’au contraire, les entreprises n’ont obtenu le contrôle qu’elles ont sur la société que grâce à l’action du gouvernement.

Aux sources du premier investissement

On oublie facilement d’où provient l’idée même d’aller travailler. Le travail est une relation entre un employé et un employeur qui consiste en fait à échanger un temps de travail contre une somme d’argent. Évidemment, un patron n’achèterait pas le travail des travailleurs et travailleuses s’il n’avait pas la possibilité d’en tirer un profit. En effet, les entreprises se doivent d’augmenter leur valeur année après année pour rester compétitives et éviter de se faire acheter par les autres.

Ainsi, en travaillant, les travailleurs et travailleuses « produisent » pendant une partie de la journée pour gagner leur salaire, et ne font ensuite qu’enrichir les patrons tout le reste de la journée. Cela fait que l’écart entre les riches et les pauvres, tant au Canada qu’entre les différents pays du monde, continue toujours d’augmenter. C’est simplement parce qu’avec les usines et autres moyens de production qu’ils possèdent, les riches peuvent multiplier leur richesse en exploitant le travail des pauvres.

On peut toutefois se demander d’où provient initialement la richesse de ces entreprises. Par exemple, au Canada, la Compagnie de la Baie d’Hudson, la plus vieille entreprise en Amérique du Nord, a été fondée en 1670 par un décret du roi Charles lui donnant un monopole d’échange sur les fourrures sur un territoire de 3,9 millions de kilomètres carrés.

Il s'agit d'un cas spécifique de passation des pouvoirs entre la royauté et ce qui est devenu l'entreprise privée, et ce n'est qu'un exemple de l'origine de la propriété privée canadienne et des liens entre les pouvoirs politiques et royaux et les entreprises à but lucratif. Le cas de l’Angleterre ou de ses différentes colonies est tout aussi indicateur : c’est le pouvoir politique qui dépossède, pour ensuite donner les fruits de la dépossession aux entreprises, que l'on pense à l'Écosse, à l'Irlande ou à l'Australie. Ce n’est pas depuis la commission Charbonneau que des entreprises tirent leur domination économique de leur relation avec les autorités : il en va ainsi depuis les premiers balbutiements du système capitaliste.

La relation entreprises, gouvernements et guerres

Ainsi, avec un tel éclairage, on peut comprendre comment le colonialisme et l'impérialisme ont servi de fer de lance des gouvernements, jusqu’à la Première Guerre mondiale. Par la suite, chaque bout de terre qui sort de l’eau sur la planète a été assigné à un pays. Toutefois, ces bouts de terre n’ont pas tous la même valeur : non seulement la géographie physique, les montagnes, les ressources naturelles, les rivières et les lacs affectent-ils la valeur du territoire, mais la géographie humaine, le salaire minimum, la présence de villes, d’autoroutes et de frontières viennent également changer la valeur d’un bout de territoire.

Naturellement, la richesse est distribuée de manière inégale sur un territoire donné : les villes se construisent typiquement près des voies navigables, qui vont ensuite s’élargir par la création de régions qui extraient et exportent leurs ressources vers la ville. Les richesses naturelles, la densité de population, le relief, le climat font varier la richesse du territoire, qui fait d’autant plus varier le prix des biens sur celui-ci. Par exemple, s’il y a eu une surproduction d’un type d’objet dans un marché, son prix va descendre drastiquement dans les zones à proximité, et donc, pour s’assurer d’un profit, il sera nécessaire d’exporter massivement.

C’est pourquoi dès les premières crises économiques la prise de contrôle des territoires étrangers s’est présentée comme le meilleur moyen de stabiliser le système, en créant de vastes marchés pour des biens de consommation. Il s’agit d’une compensation géographique des mécanismes économiques. Or depuis la fin des années 70, c'est un problème d'investissement auquel le système économique est confronté, et c'est encore une solution géographique qui est appliquée, avec les nombreux traités de libre échange permettant les investissements dans des pays où le salaire minimum était plus faible et où le développement économique était moins avancé.

Toutefois, on sait que l'économie des pays d'Asie du Sud s'est mise à plafonner depuis peu, et les gouvernements du Nord sont à la recherche de nouvelles solutions, notamment dans notre propre cour. Comme précédemment, c'est le pouvoir accumulé par l'État qui est utilisé pour pallier aux ratés de l'économie. Ainsi, on ne peut pas être choqué de savoir que le gouvernement autorise des augmentations de tarifs à Hydro-Québec alors que ses profits ont été de 2 milliards de dollars l’année passée. Ou encore que le régime d'assurance chômage devienne une vache à lait pour le gouvernement fédéral.

Tout ça pour quoi ?

Le contrôle du territoire et des programmes publics est donc une condition essentielle du développement capitaliste, qui est assuré par l’État pour le bien des entreprises. Leur plan pour la relance économique est clairement d’utiliser tout ce qu'ils contrôlent au cours des prochaines années. Mais jusqu’où sommes-nous prêts à sacrifier notre qualité de vie et l'environnement, sans compter l'écologie de la planète ou nos programmes sociaux, pour des projets dévastateurs qui ne visent qu'à relancer un système qui s'est déjà révélé si destructeur, et qui a créé autant d'inégalité ? Est-ce qu’on veut vraiment poursuivre la croissance infinie, sachant que la plupart d’entre nous ne récolterons que des miettes du butin accaparé par les riches et leurs multinationales ? Est-ce que ce ne serait pas le temps de reprendre nos moyens de production et de nous en servir pour réellement aider les gens ?

Événements à venir

Abécédaire anticapitaliste

Après CISM pendant plus d'un an, le comité agitprop de la CLAC sévit maintenant sur les ondes de CKUT à l'Émission Off The Hour un vendredi par mois. La chronique est basée sur la formule d'un abécédaire: une lettre, un mot, une tirade. Ça ne se passe pas dans l'ordre alphabétique, mais selon l'actualité. D comme dénoncer, C comme crosse ou crosseurs. Bonne écoute!



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